Groenland : une société pétrolière liée à Trump débarque son matériel de forage sans autorisation

Le gouvernement du Groenland a adressé un avertissement ferme après le débarquement fin juillet, sans l’approbation requise, de matériel de forage pétrolier sur la côte est de l’île, dans un projet financé par une société texane liée à l’entourage de Donald Trump.

Le dossier a été révélé par le média d’investigation danois Danwatch, dont l’enquête a été reprise le 8 août 2026 par la presse européenne, et documenté également par le Guardian. L’affaire attire l’attention parce qu’elle mélange du pétrole, du droit minier, une zone arctique très sensible et la politique américaine.

En bref

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  • Du matériel de forage a été débarqué fin juillet à Nerlerit Inaat, dans la zone de Jameson Land (Nunap Qeqqa), sans approbation préalable des autorités groenlandaises.
  • Le titulaire de la licence est White Flame Energy A/S, filiale du groupe britannique 80 Mile PLC.
  • Le financement vient de Greenland Energy Company, société texane créée en 2025, liée à Larry Swets et à Phil McGraw, dit « Dr. Phil ».
  • Le gouvernement groenlandais prévient : toute opération logistique future devra être notifiée et approuvée avant d’avoir lieu.

Une affaire qui dérange : le matériel de forage débarqué sans feu vert #

Le cœur de l’affaire est simple, et c’est précisément ce qui la rend explosive : fin juillet 2026, une douzaine de conteneurs et des engins de chantier ont été déplacés de Tasiilaq vers Nerlerit Inaat, à bord du remorqueur Bestla et d’une barge, sans l’accord préalable de l’autorité groenlandaise des ressources minières. Danwatch retient la date du 30 juillet pour ce débarquement.

Le gouvernement de Nuuk a réagi par un avertissement ferme. Le message est net : toute opération logistique future devra être signalée et approuvée avant d’être exécutée. Ce n’est pas un détail administratif : dans ce type de dossier, la séquence des autorisations compte autant que le projet lui-même.

Qui est cette compagnie pétrolière liée à Trump ? #

Le montage est à deux étages, et il compte pour comprendre le dossier. Le détenteur de la licence d’exploration est White Flame Energy A/S, filiale du groupe britannique 80 Mile PLC, coté à Londres. Le financement, lui, vient de Greenland Energy Company, une société texane créée en 2025, appelée à prendre une participation majoritaire dans le projet.

Son président et principal actionnaire est Larry Swets. Parmi les personnalités impliquées figure aussi Phil McGraw, « Dr. Phil », animateur de télévision américain proche de Donald Trump. Ces attaches politiques ne changent rien au droit applicable, mais elles expliquent pourquoi le dossier est lu bien au-delà du seul secteur pétrolier.

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Pourquoi le Groenland attire autant les convoitises #

Le Groenland concentre plusieurs choses à la fois : un sous-sol potentiellement riche, un espace arctique stratégique et une valeur symbolique énorme dans les rivalités internationales. La société concernée affirme que le sous-sol de Jameson Land pourrait contenir l’équivalent de 1 000 milliards de dollars de pétrole. Ce chiffre doit être lu pour ce qu’il est : une affirmation de l’entreprise, pas un fait vérifié.

Le territoire est aussi devenu un sujet politique à part entière. Donald Trump revendique publiquement depuis 2019, et avec insistance depuis 2025, un contrôle américain sur le Groenland. Le Danemark et l’Union européenne s’y opposent. Dans ce contexte, chaque mouvement de matériel prend une dimension bien plus large qu’un simple chantier.

Acteur Rôle Point saillant
White Flame Energy A/S Titulaire de la licence d’exploration Filiale de 80 Mile PLC, coté à Londres
Greenland Energy Company Finance le projet Société texane créée en 2025, appelée à prendre une participation majoritaire
Larry Swets Président et principal actionnaire Figure centrale du financement
Phil McGraw Personnalité impliquée Connu comme « Dr. Phil », proche de Donald Trump
Gouvernement du Groenland Autorité de régulation A adressé un avertissement ferme après le débarquement

Ce que disent les autorités locales sur l’arrivée du matériel #

La position de Nuuk repose sur une distinction très précise : la société dispose d’une licence d’exploration, mais cela ne lui permet pas d’improviser ses opérations logistiques. Depuis 2021, le Groenland n’accorde plus aucune nouvelle licence pétrolière, pour des raisons environnementales — mais les licences accordées avant cette date restent valables. C’est ce qui rend le dossier juridiquement gris.

Autrement dit, la société a un droit d’exploration hérité du passé, mais pas un blanc-seing pour débarquer du matériel quand elle le décide. Le gouvernement a clairement indiqué que les opérations préparatoires, comme le transport et le dépôt d’équipement, doivent être approuvées avant d’avoir lieu.

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Le point de blocage juridique : quelles règles ont été ignorées ? #

Le problème ne porte pas sur l’existence de la licence, mais sur l’absence d’autorisation pour l’opération concrète de débarquement. L’autorité compétente n’avait pas donné son feu vert avant le transfert du matériel de Tasiilaq vers la côte est.

Le principe du droit groenlandais est clair : l’exploration de ressources minérales se fait sous licence, et les opérations préparatoires doivent respecter les autorisations administratives prévues. Si le calendrier industriel passe avant le calendrier réglementaire, on obtient exactement ce type de bras de fer.

À noter : les autorités n’ont pas exigé le retrait du matériel déjà débarqué. Selon Danwatch, elles ont estimé qu’une telle exigence ne serait pas proportionnée à ce stade.

Un dossier explosif sur le plan environnemental #

La zone visée relève, selon Danwatch, d’un secteur protégé par la convention de Ramsar sur les zones humides. On parle d’un territoire arctique fragile, pas d’une zone industrielle ordinaire : les contestations environnementales ne tombent pas du ciel.

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Des manifestations contre le projet ont eu lieu à Nuuk en mai 2026, puis dans plusieurs localités en juillet. Une partie de la société groenlandaise suit donc ce dossier de près, et pas seulement depuis les bureaux ministériels.

Un dossier qui s’inscrit dans les ambitions américaines sur le Groenland #

Le lien avec l’entourage de Donald Trump donne à l’affaire une portée politique immédiate. Depuis 2019, et plus encore depuis 2025, le président américain affiche son intérêt pour le Groenland — un territoire autonome du royaume du Danemark, dont Copenhague comme l’Union européenne refusent toute cession.

Dans ce contexte, un projet privé qui avance son matériel avant d’avoir toutes ses autorisations est perçu, au Groenland comme en Europe, comme un test des limites : la question posée n’est pas seulement celle d’un forage, mais celle de qui fixe le tempo — les autorités publiques, ou les acteurs privés qui poussent le dossier au maximum de ses marges.

Et pour la France et l’Europe ? #

L’affaire compte parce qu’elle crée un précédent arctique. Pour l’Europe, le sujet touche à la fois la relation entre les États-Unis et le Danemark — donc l’Union européenne — et la question des ressources dans une zone où les arbitrages climatiques restent très politiques. Elle s’ajoute à une actualité géopolitique déjà chargée, comme l’accord sur le désarmement du Hamas et ses suites, où chaque engagement écrit se joue ensuite dans son application concrète.

Ce qu’il faut surveiller maintenant #

Trois dates et une autorisation résument la suite. Selon les annonces de la société, environ 300 conteneurs doivent partir du Canada par bateau le 12 septembre 2026, puis le forage d’un premier puits est prévu en octobre 2026 — la société en annonce deux à terme. À ce stade, l’approbation du gouvernement groenlandais pour forer n’a pas été accordée.

  • Le gouvernement confirme-t-il de nouvelles exigences sur la logistique ?
  • L’entreprise maintient-elle son calendrier de septembre et d’octobre ?
  • Le dossier déclenche-t-il une nouvelle vague de contestation au Groenland ?

Questions fréquentes #

Le forage a-t-il commencé au Groenland ?

Non. Les éléments disponibles décrivent un débarquement de matériel et des préparatifs, mais pas un forage lancé. Le premier puits est annoncé par la société pour octobre 2026, et l’approbation nécessaire n’a pas été accordée.

L’entreprise avait-elle une autorisation ?

Elle dispose d’une licence d’exploration antérieure au moratoire de 2021, mais le gouvernement groenlandais indique que l’approbation nécessaire à l’opération logistique de débarquement n’était pas accordée au moment des faits.

Pourquoi cette affaire fait-elle autant parler ?

Parce qu’elle combine une possible infraction administrative, un projet pétrolier dans une zone arctique sensible et des liens assumés avec l’entourage de Donald Trump, sur un territoire que le président américain revendique publiquement depuis 2019.

À retenir

Le Groenland n’a pas interdit ce projet : il a rappelé que rien ne s’y fait sans son accord préalable. Entre une licence héritée d’avant le moratoire de 2021, un calendrier industriel serré (300 conteneurs le 12 septembre, premier puits annoncé en octobre) et un avertissement ferme de Nuuk, c’est l’automne qui dira si le bras de fer administratif devient une crise diplomatique.

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